Première lecture — Siracide 15, 11-20 — Crampon 1923
Samedi 21 février 2026 · 7ᵉ semaine du temps ordinaire · vert · férie
Comprend un livre deutérocanonique« Il a mis devant toi le feu et l'eau : étends la main vers ce que tu veux. » Un verset sur la liberté, tiré d'un livre que ta Bible ne contient peut-être pas.
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Siracide 15, 11-20 — Crampon 1923
Psaume — 102 (103), 1-2.11-13.18 — antienne du jour
Évangile — Marc 10, 13-16 — Segond 1910
Le sol ↓ profondeur
Le Siracide (ou Ecclésiastique) a été écrit vers 180 av. J.-C. en hébreu, puis traduit en grec. Il figure dans la Bible grecque des premiers chrétiens, mais pas dans le canon hébreu fixé plus tard. La Réforme a suivi le canon hébreu : les Bibles protestantes le rangent parmi les apocryphes, l'Église catholique parmi les deutérocanoniques — « du second canon ». Luther l'estimait « utile à lire » sans le tenir pour normatif. Ici, on le lit avec ce statut assumé.
Le Siracide n'est pas un récit : c'est un recueil de conseils d'un maître à ses élèves, sur l'amitié, l'argent, la parole, la mort. Le chapitre 15 s'attaque à la plus vieille excuse du monde — « c'est Dieu qui m'a fait pécher » — et la refuse net. La responsabilité est à toi.
Le pont ↓ profondeur
On aime croire que nos actes nous échappent — l'époque, l'enfance, l'algorithme, la fatigue. Le Siracide balaie l'excuse d'un revers : le feu et l'eau sont devant toi, étends la main. Personne ne choisira à ta place, et prétendre le contraire est déjà un choix.
Mais la liberté que décrit le Siracide n'est pas la toute-puissance qu'on nous vend. Choisir, ce n'est pas tout pouvoir : c'est tendre la main vers un seul des deux vases, en sachant qu'on lâche l'autre. La maturité, c'est renoncer à l'illusion de tout tenir en même temps.
Et l'évangile déplace la question là où on ne l'attendait pas. Face à la sagesse virile du « choisis », Jésus met un enfant — qui ne choisit rien, qui se laisse porter. Le plus grand choix d'adulte est peut-être celui-là : consentir à ne pas tout maîtriser, se laisser prendre dans les bras.
Le geste aujourd'hui
Le Siracide refuse qu'on se défausse sur Dieu ou sur les circonstances. L'évangile ajoute que le premier acte libre est de se laisser aimer.
Aujourd'hui : repérer une excuse qu'on répète — « je suis comme ça », « c'est pas le moment », « je n'ai pas le choix ». La regarder en face une fois, sans se juger. Puis tendre la main vers le vase qu'on sait être le bon, même un centimètre.
Choisir n'est pas se durcir. C'est, comme l'enfant de Marc, accepter d'être porté vers ce qu'on ne peut pas atteindre seul.Quelle excuse est-ce que je garde pour ne pas avoir à tendre la main ?
Les racines → exploration
Si 15, 14 — « il l'a laissé à son propre conseil » — est l'un des versets les plus cités dans la querelle sur le libre arbitre. Érasme s'en sert contre Luther ; Luther répond dans le Serf arbitre que la volonté, sans la grâce, est libre pour le mal mais non pour le bien. Le Siracide n'est pas tranché par ce débat : il en est l'étincelle. Le lire, c'est toucher un nerf vif de l'histoire chrétienne.
Érasme, De libero arbitrio / Luther, De servo arbitrio — domaine public
Chrysostome note que Jésus ne dit pas « le royaume est aux enfants », mais « à ceux qui leur ressemblent ». Ce n'est pas l'innocence qu'il loue — les enfants n'en manquent pas moins — mais l'absence de calcul : l'enfant ne se croit pas quitte, ne négocie pas, se laisse prendre. C'est cela, recevoir le royaume « comme un petit enfant ».
Homélies sur Matthieu (par. Mc 10) — domaine public
« Ecclésiastique » — liber ecclesiasticus, « le livre de l'Église » — est le nom que lui donne l'Occident latin : non parce qu'il serait plus saint, mais parce qu'on le lisait abondamment pour l'instruction des catéchumènes. Un livre de seuil, pour ceux qui entrent. Qu'il tombe un jour où l'évangile parle d'enfants qu'on porte au Christ n'est pas un hasard du lectionnaire.
Étymologie — vérifiable