10 Car, comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n'y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné la au semeur et le pain à celui qui mange, 11 ainsi en est-il de ma , qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi , sans avoir exécuté ce que je veux, et accompli ce pour quoi je l'ai envoyée.
zera L'hébreu zera (זֶרַע) désigne la semence, mais aussi la descendance, la lignée — c'est le mot de la promesse faite à Abraham, « ta postérité » en Genèse 12.7. En traduisant littéralement par « semence », Segond laisse percevoir, pour qui connaît la Genèse, que le grain donné au semeur n'est pas un objet neutre : il porte déjà l'idée d'une descendance promise. Calvin, commentant ce passage, relève que Dieu ne donne pas seulement la pluie mais jusqu'au grain lui-même : toute la fécondité, du ciel jusqu'à la table, lui appartient.
dabarDabar (דָּבָר) ne se limite pas à la parole prononcée : le mot désigne aussi bien la chose, l'événement, l'acte que le discours — en hébreu, dire et faire ne sont jamais loin l'un de l'autre. Segond traduit uniformément par « parole », ce qui est juste mais estompe la puissance presque matérielle du terme : la dabar de Dieu n'est pas un énoncé qu'on pourrait croire ou non, elle est un événement en marche. Les targums araméens, en parlant du memra, la Parole agissante de Dieu, prolongent cette intuition que les lecteurs chrétiens retrouveront dans le prologue de Jean.
reqam Le texte hébreu dit littéralement que la parole ne reviendra pas reqam (רֵיקָם), « à vide », « les mains vides » — le mot de l'ouvrier qu'on ne renvoie pas sans salaire, ou de l'arme qui ne revient pas sans avoir frappé (2 Samuel 1.22). Segond choisit « sans effet », traduction correcte mais abstraite, qui perd l'image concrète des mains vides ou de l'arc qui ne rentre pas bredouille. La parole de Dieu est ainsi pensée comme un envoyé, presque un serviteur en mission, qui ne peut revenir chez son maître sans avoir accompli sa tâche.
10 Tu la terre et tu l'arroses, tu la combles de richesses ; le ruisseau de Dieu est plein d'eau ; tu prépares le blé, quand tu la fertilises ainsi. 11 En arrosant ses sillons, en aplanissant ses mottes, tu l'amollis par des pluies, tu bénis son germe. 12 Tu l'année de tes biens, et tes pas versent l'abondance ; 13 les plaines du désert sont abreuvées, et les collines sont ceintes d'allégresse ; 14 les prairies se couvrent de brebis, et les vallées se revêtent de froment. Les cris de joie et les chants retentissent.
paqadPaqad (פָּקַד) est un verbe à très large spectre : visiter, mais aussi passer en revue, recenser, confier une charge, et parfois punir — le même verbe sert au dénombrement du peuple ou à la « visite » du jugement chez les prophètes. En traduisant « tu visites », Segond choisit le sens le plus doux d'un mot qui, ailleurs, peut faire trembler ; ici, la visite de Dieu à la terre est exclusivement une bénédiction agricole, sans aucune ombre de jugement. Ce choix se confirme dans tout le contexte du psaume, tourné vers l'abondance et non vers la sentence.
atar La racine atar (עטר), « couronner, ceindre », donne un verbe rare que Segond rend par « tu couronnes » : l'année elle-même reçoit une couronne, comme un roi, ou comme l'épouse du Cantique dont la tête est ceinte (Cantique 3.11 emploie la même racine). L'image déplace la royauté du peuple ou du roi vers le cycle agricole tout entier, comme si la fécondité de la terre méritait les honneurs ordinairement réservés aux souverains. La tradition juive de lecture y a souvent entendu une préfiguration de l'action de grâce pour les récoltes, celle de la fête de Souccot.
Deuxième lecture — Rm 8, 18-23 — Segond 1910
18 J'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous. 19 Aussi la création la révélation des fils de Dieu. 20 Car la création a été soumise à la , non de son gré, mais à cause de celui qui l'y a soumise, avec l'espérance 21 qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. 22 Nous savons, en effet, que, jusqu'à ce jour, la création tout entière et souffre les douleurs de l'enfantement. 23 Et ce n'est pas elle seulement ; mais nous aussi, qui avons les prémices de l'Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes, en attendant l'adoption, la rédemption de notre corps.
apokaradokia Le grec emploie ici un mot rarissime, apokaradokia (ἀποκαραδοκία), forgé sur des racines qui évoquent la tête tendue en avant, le cou étiré pour scruter l'horizon — l'image d'un guetteur qui ne peut détourner le regard. Segond, faute d'équivalent français en un seul mot, développe en « attend avec un ardent désir », ce qui rend l'intensité mais perd la posture physique, presque douloureuse, du corps entier tourné vers ce qui vient. Paul emploie le même mot en Philippiens 1.20 pour dire sa propre attente devant la mort ou la vie : c'est un mot de crise, non de patience tranquille.
mataiotèsMataiotès (ματαιότης) est le mot que la Septante choisit pour traduire l'hével de l'Ecclésiaste, ce « vent », ce « souffle », cette buée que Segond rend ailleurs par « vanité des vanités ». Ce n'est pas la vanité au sens moral d'orgueil, mais la futilité, l'absence de but atteint — une création qui tourne sans parvenir à sa fin. Chrysostome, dans son homélie sur ce chapitre, précise que cette soumission n'est pas une faute de la création elle-même mais une conséquence portée pour l'homme : la terre paie pour une désobéissance qui n'est pas la sienne, ce qui fonde son espérance d'en être un jour affranchie.
systenazei Le verbe systenazei (συστενάζει) est composé sur stenazō, gémir, préfixé par syn-, « avec, ensemble » — un gémissement choral, non solitaire. Segond traduit simplement « soupire », fidèle au sens mais effaçant le préfixe : la création entière gémit d'un seul et même souffle, et le verset suivant associe explicitement les croyants à ce même chœur. C'est ce collectif que Calvin souligne dans son commentaire : le croyant ne gémit pas à part de la création, mais avec elle, dans la même attente.
Évangile (forme longue) — Mt 13, 1-23 — Segond 1910
1 Ce même jour, Jésus sortit de la maison, et s'assit au bord de la mer. 2 Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta dans une barque, et il s'assit, tandis que la foule se tenait sur le rivage. 3 Il leur parla en sur beaucoup de choses, et il dit : Un sortit pour semer. 4 Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : les oiseaux vinrent, et la mangèrent. 5 Une autre partie tomba dans les endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre : elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ; 6 mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines. 7 Une autre partie tomba parmi les épines : les épines montèrent, et l'étouffèrent. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : elle donna du fruit, un grain cent, un autre soixante, un autre trente. 9 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. 10 Les disciples s'approchèrent, et lui dirent : Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? 11 Jésus leur répondit : Parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné. 12 Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. 13 C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. 14 Et pour eux s'accomplit cette prophétie d'Ésaïe : Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. 15 Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils n'entendent de leurs oreilles, qu'ils ne comprennent de leur cœur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. 16 Mais heureux sont vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles entendent ! 17 Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. 18 Vous donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur. 19 Lorsqu'un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : cet homme est celui qui a reçu la semence le long du chemin. 20 Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 21 mais il n'a pas de racines en lui-même, il est inconstant, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve . 22 Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole, mais en qui les soucis du siècle et la séduction des richesses étouffent cette parole, et la rendent infructueuse. 23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la ; il porte du fruit, et produit tantôt cent, tantôt soixante, tantôt trente.
parabolèParabolè (παραβολή), littéralement « ce qu'on jette à côté », traduit en grec l'hébreu mashal, qui désigne aussi bien le proverbe que l'énigme ou le récit à clé — un genre bien connu de l'enseignement rabbinique. Segond garde le mot grec tel quel, francisé, plutôt que de choisir un équivalent comme « comparaison » ou « énigme », laissant au lecteur la tâche de découvrir, verset après verset, ce qu'il recouvre. Les rabbins de l'époque de Jésus enseignaient couramment par mashalim : la parabole n'est donc pas une invention isolée, mais l'usage d'une forme reçue que Jésus retourne pour parler du royaume.
ho speirōn Le grec ho speirōn, « celui qui sème », est un participe présent et non un nom de métier : Matthieu ne désigne pas un personnage social, comme on dirait « le laboureur », mais quelqu'un saisi dans l'acte même de semer. Segond, en traduisant par un nom, « un semeur », stabilise en profession ce que le grec garde en mouvement — un choix presque inévitable en français, mais qui aplatit légèrement le texte. Chrysostome insiste : ce n'est pas le semeur qui change de méthode selon les terrains, mais un geste unique et généreux qui rencontre des terrains différents.
skandalizetai Le verbe skandalizetai (σκανδαλίζεται) vient de skandalon, le piège à ressort, la pierre qui fait trébucher — un mot que Segond traduit ailleurs par « scandale » ou « pierre d'achoppement » mais qu'ici il dilue en « occasion de chute », périphrase correcte mais moins physique. L'image sous-jacente est celle d'un piège qui se referme brutalement au moment de l'épreuve, non d'une simple hésitation morale. C'est le même mot que la Septante emploie pour l'obstacle placé devant l'aveugle (Lévitique 19.14), un mot de trébuchement concret avant d'être un mot de péché.
syniēmiSyniēmi (συνίημι), littéralement « mettre ensemble, faire le lien », est le même verbe qui revient au verset 13 pour dire que la foule « n'entend ni ne comprend » : comprendre, au sens grec, c'est assembler ce qui était épars. Segond traduit fidèlement par « comprend » aux deux endroits, ce qui permet au lecteur français de percevoir que toute la parabole se joue sur ce seul verbe répété. Origène, dans son commentaire sur Matthieu, en fait la clé du texte : la différence entre les terrains n'est pas une différence de valeur, mais de capacité à laisser les choses entendues se relier entre elles.
Évangile (forme brève) — Mt 13, 1-9 — Segond 1910
1 Ce même jour, Jésus sortit de la maison, et s'assit au bord de la mer. 2 Une grande foule s'étant assemblée auprès de lui, il monta dans une barque, et il s'assit, tandis que la foule se tenait sur le rivage. 3 Il leur parla en sur beaucoup de choses, et il dit : Un sortit pour semer. 4 Comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin : les oiseaux vinrent, et la mangèrent. 5 Une autre partie tomba dans les endroits pierreux, où elle n'avait pas beaucoup de terre : elle leva aussitôt, parce qu'elle ne trouva pas un sol profond ; 6 mais, quand le soleil parut, elle fut brûlée et sécha, faute de racines. 7 Une autre partie tomba parmi les épines : les épines montèrent, et l'étouffèrent. 8 Une autre partie tomba dans la bonne terre : elle donna du fruit, un grain cent, un autre soixante, un autre trente. 9 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
parabolèParabolè (παραβολή), littéralement « ce qu'on jette à côté », traduit l'hébreu mashal, le récit à clé de l'enseignement rabbinique. Segond garde le mot grec francisé plutôt que de le traduire par « comparaison » ou « énigme », laissant au lecteur la tâche de découvrir ce qu'il recouvre au fil du texte. Jésus reprend ainsi une forme reçue de son temps, non une invention pédagogique isolée, pour parler du royaume.
ho speirōn Le grec ho speirōn, « celui qui sème », est un participe et non un nom de métier : le texte saisit quelqu'un dans l'acte même de semer plutôt qu'il ne décrit une profession. Segond traduit par un nom, « un semeur », ce qui stabilise en français ce que le grec garde en mouvement. Chrysostome relève que le geste reste le même, généreux et non calculé, quel que soit le terrain rencontré.
5 textes, un fil
Le sol ↓ profondeur
D'où parlent ces textes
La fin du Second Ésaïe
Ces deux versets ferment le Second Ésaïe (chapitres 40 à 55), écrit pour des exilés à Babylone, peu avant l'édit de Cyrus (538 av. J.-C.) qui autorise leur retour. Le prophète vient d'inviter, au chapitre 55, les indigents à venir manger sans payer ; il referme ce festin par l'image de la pluie qui ne remonte pas au ciel sans avoir nourri la terre. Calvin y lit le sceau de toute la promesse du retour : une parole qui ne connaît pas de trajet inutile.
Une parabole qui s'explique elle-même
Chez Marc comme chez Matthieu, la parabole du semeur est presque unique à recevoir une explication verset par verset, alors qu'ailleurs Jésus laisse ses paraboles sans clé. Adolf Jülicher, dans son étude fondatrice de 1888, a soupçonné que cette explication (v. 18-23) reflète la prédication de la première génération chrétienne, relisant la parole de Jésus à la lumière de son propre accueil — sans que cela ôte rien à son autorité canonique.
Le pont ↓ profondeur
La parole ne revient pas à vide
Il y a des soirs où tu pries sans qu'aucune émotion ne vienne soutenir tes mots : la parole que tu prononces semble tomber devant toi sans écho, sans même l'assurance d'avoir été entendue. La promesse d'Ésaïe ne porte pourtant pas sur ce que tu ressens en priant, mais sur la parole elle-même, envoyée pour accomplir ce que Dieu veut et non pour te procurer la sensation qu'elle agit. Ce soir sans ferveur n'est donc pas un soir perdu : la parole que tu as portée devant Dieu continue son propre chemin, indépendante de ton sentiment d'avoir prié en vain, et elle reviendra avoir fait ce pour quoi elle a été envoyée — parfois au jour même où tu t'en souviendras le moins.
Le geste aujourd'hui
Se laisser rejoindre
Rien à réussir aujourd'hui, seulement à laisser tomber une parole sans surveiller aussitôt si elle prend.
Note dans un carnet, ce soir, une phrase entendue cette semaine — dans une conversation, une lecture, un sermon — dont tu ne sais pas encore ce qu'elle donnera en toi.
Ne relis pas ce carnet avant plusieurs mois : la parabole parle d'une terre qui met du temps à montrer son fruit.
Quelle parole reçue il y a longtemps, oubliée depuis, continue peut-être en ce moment même de porter du fruit en toi sans que tu l'aies remarqué ?
Les racines → exploration
Ce que les anciens y ont lu
Pourquoi semer sur la pierre ?
Chrysostome s'étonne qu'un semeur avisé jette sa semence même sur le chemin, la pierre ou les épines : aucun paysan raisonnable ne sème ainsi. Mais le Semeur de la parabole, dit-il, ne travaille pas une terre mais des âmes, capables de se changer elles-mêmes de pierre en bonne terre. La générosité du geste, antérieure à tout jugement sur le sol, est déjà en soi un enseignement sur la grâce offerte sans tri préalable.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu, homélie 44
Le gémissement n'est pas le désespoir
Calvin insiste : le gémissement de la création n'est pas une plainte stérile mais un mouvement tourné vers l'espérance, comme la femme en travail aspire à la naissance et non à la mort. Il refuse d'y lire un mépris du monde créé — c'est au contraire parce que la création est bonne, asservie à une servitude étrangère à sa vocation, qu'elle attend d'être rétablie avec les enfants de Dieu.
Jean Calvin, Commentaire sur l'épître aux Romains, chapitre 8
Une image guerrière recyclée
Le mot traduit ici par « sans effet » reprend la racine req (ריק), celle du chant funèbre de David sur Saül et Jonathan : « l'épée de Saül ne retournait point à vide » (2 Samuel 1.22, Segond). Le prophète recycle une image de bataille — l'arme qui ne revient pas sans avoir frappé — pour décrire non plus la violence des rois mais la fécondité de la parole divine envoyée en mission.
Rapprochement lexical : Ésaïe 55.11 et 2 Samuel 1.22 (Segond 1910)