Première lecture — Jr 26, 1-9 — Segond 1910
vendredi 31 juillet 2026 · 17ème Semaine du Temps Ordinaire · blanc ·
Le prophète chez lui : Jérémie au Temple, Jésus à Nazareth
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Jr 26, 1-9 — Segond 1910
Psaume — Ps 68 (69), 2.5ab, 5cd.8, 9-10, 14 — Segond 1910
Évangile — Mt 13, 54-58 — Segond 1910
Le sol ↓ profondeur
Jojakim monte sur le trône de Juda en 609 avant notre ère, imposé par le pharaon Neko après la mort de son père Josias à Meguiddo. Vassal d'abord de l'Égypte puis de Babylone, il est le roi qui, selon Jérémie 36, brûlera au couteau le rouleau des oracles de Jérémie colonne après colonne, jetant les feuillets au feu du brasero. Le discours du parvis, au tout début de son règne, annonce déjà cette hostilité : un roi qui ne veut pas entendre gouvernera un peuple qui ne veut pas entendre non plus.
Nazareth compte alors quelques centaines d'habitants tout au plus, un village sans renom de la Galilée que Nathanaël, en Jean 1, 46, juge d'avance incapable de rien produire de bon. Dans la synagogue, tout homme reconnu pouvait être invité à lire et commenter l'Écriture : Jésus y est donc chez lui, au sens le plus concret. Les « frères » nommés au verset 55 ont fait débat dès l'Antiquité — Jérôme y voyait des cousins — mais le texte ne s'y attarde pas : ce qui compte est que tous, de près, croient déjà savoir qui il est.
Le pont ↓ profondeur
Tu as pu remarquer combien il est plus facile d'être cru par un inconnu que par les tiens. Devant quelqu'un qui te découvre, ta parole a du poids ; devant ceux qui t'ont vu grandir, maladroit, en échec, elle glisse — on te renvoie à ce que tu étais, comme si rien n'avait pu changer depuis. Le texte de ce jour ne promet pas que cela cessera un jour : Jésus lui-même n'a pas fait beaucoup de miracles à Nazareth, à cause de l'incrédulité des siens. Il promet seulement que ce que tu portes ne vaut pas moins pour n'être pas reçu à la maison, et que Dieu, lui, continue de t'envoyer.
Le geste aujourd'hui
Avant de reprendre ta journée, laisse-toi rejoindre par le dernier mot du psaume : une prière simple, dite dans la certitude que Dieu répond « selon la vérité de son salut », et non selon ce que les tiens pensent savoir de toi.
Nomme, en silence ou à voix basse, un lieu précis — une personne, une communauté, une pièce de ta maison — où tu te sens trop connu pour être entendu ; dépose-le devant Dieu sans chercher à le résoudre.
Psaume 68 (69), 14, à relire lentement plusieurs fois.Qui, autour de toi, croit te connaître assez pour ne plus vraiment t'écouter — et qu'est-ce que cela te coûterait de rester fidèle à ce qui t'a été confié, même là ?
Les racines → exploration
Jean Chrysostome, commentant ce passage, s'étonne que les habitants de Nazareth tirent de la sagesse même de Jésus un motif de refus plutôt que d'accueil : ils raisonnent, dit-il, comme si la grandeur ne pouvait sortir que de l'inconnu, jamais du familier. Il y voit un avertissement pour tout croyant : la familiarité avec les choses saintes — un texte lu cent fois, un visage vu chaque dimanche — peut endormir l'étonnement au lieu de le nourrir.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu, homélie 49
Calvin note que si Dieu voulait perdre son peuple sans retour, il n'aurait nul besoin de lui envoyer des prophètes ni de préciser depuis quand il les envoie « dès le matin » : cette insistance dit la patience, non la sentence déjà arrêtée. La menace de Silo, pour Calvin, reste encore un appel — la dernière forme que peut prendre l'amour de Dieu quand la douceur n'a pas suffi.
Jean Calvin, Praelectiones in Jeremiam, sur Jérémie 26
Augustin lit ce psaume comme une parole que le Christ prononce en sa propre passion, prêtant sa voix à tout croyant persécuté pour la vérité qu'il porte : l'opprobre du verset 8 devient alors la honte de la croix elle-même, et le zèle du verset 10 la cause précise pour laquelle il meurt. Ce n'est pas une allégorie forcée : le Nouveau Testament cite lui-même ce psaume à propos du Christ (Jean 2, 17 ; Romains 15, 3), et Augustin ne fait que suivre ce fil déjà tendu par les évangélistes.
Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 68