Première lecture — Jr 26, 11-16.24 — Segond 1910
samedi 1 août 2026 · 17ème Semaine du Temps Ordinaire · blanc ·
Jérémie échappe à la mort pour avoir parlé ; Jean-Baptiste, pour la même fidélité, ne lui échappe pas.
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Jr 26, 11-16.24 — Segond 1910
Psaume — Ps 68 (69), 15, 16, 30-31, 33-34 — Segond 1910
Évangile — Mt 14, 1-12 — Segond 1910
Le sol ↓ profondeur
Le chapitre 26 ne s'arrête pas à Jérémie : entre les versets 16 et 24, que la liturgie saute, se trouve l'histoire d'Urie, fils de Shemaya, qui prophétisa les mêmes menaces contre Jérusalem. Poursuivi par le roi Jojakim jusqu'en Égypte où il s'était réfugié, il fut ramené, exécuté et jeté dans la fosse commune du peuple (Jr 26, 20-23). Le texte place ainsi côte à côte deux prophètes qui ont dit exactement la même chose : l'un meurt, l'autre est sauvé par une main humaine, sans qu'aucune différence de foi ou de mérite ne l'explique.
L'historien juif Flavius Josèphe raconte lui aussi la mort de Jean-Baptiste (Antiquités judaïques, XVIII, 5, 2), mais il en donne une autre raison : Hérode craignait qu'un prédicateur si populaire ne soulève le peuple contre lui, et non l'humiliation d'un reproche sur son mariage. Les deux récits ne se contredisent pas nécessairement, ils datent l'événement vers 28-30 après Jésus-Christ, dans la forteresse de Machéronte. Matthieu, en retenant la version morale, inscrit la mort de Jean dans la lignée des prophètes tués pour avoir dit une parole que le pouvoir ne supportait pas — la même lignée que Jérémie.
Le pont ↓ profondeur
Tu as déjà retenu une parole que tu savais juste, dans une pièce où la prononcer aurait suffi à te rendre suspect — un repas de famille, une réunion, un silence collectif que rompre t'aurait coûté l'approbation de ceux qui t'entourent. Tu sais alors, avant même d'ouvrir la bouche, que dire vrai ne te vaudra ni remerciement ni protection, seulement l'isolement immédiat de ceux qui préféraient ne pas entendre. Jérémie se tient dans cette solitude exacte devant les chefs et les prêtres, sans une seule voix pour le défendre avant qu'il n'ait fini de parler — et c'est seulement après, jamais avant, que le silence se retourne.
Le geste aujourd'hui
Ce texte ne promet pas que dire vrai te protégera. Avant de refermer cette page, tu peux simplement nommer devant Dieu une parole que tu retiens depuis longtemps, sans savoir encore si elle sera entendue, protégée, ou si elle te coûtera quelque chose.
Reste un instant en silence avec cette question : quelle parole vraie est-ce que je retiens aujourd'hui, par prudence plus que par sagesse ? Ne cherche pas à la dire encore — dépose-la seulement devant Dieu.
Le psaume que nous avons lu est l'un de ceux que le Nouveau Testament applique le plus souvent au Christ souffrant (Jn 2, 17 ; Jn 19, 28-29) : la prière du juste abandonné n'est donc jamais loin de la sienne.Qu'est-ce qui, en toi, continuerait de dire vrai même si tu savais que, cette fois, personne ne viendrait te protéger ?
Les racines → exploration
Chrysostome s'attarde sur la logique perverse d'Hérode : il redoute de passer pour un homme de parole inconstante devant ses convives, et préfère pour cela devenir un meurtrier. Le Père d'Antioche note qu'un serment qui engage au mal n'oblige jamais moralement à être tenu — la vraie fidélité aurait été de le rompre. Il voit dans ce texte un avertissement pour tout chrétien tenté de sacrifier une vie, ou une vérité, à la seule crainte du regard des autres.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de saint Matthieu, homélie XLVIII
Augustin lit ce psaume comme la voix du Christ parlant par avance dans la bouche de son juste souffrant, en s'appuyant sur les versets que le Nouveau Testament lui-même applique à la Passion — le zèle qui dévore (Jn 2, 17), le fiel et le vinaigre offerts sur la croix (Jn 19, 28-29 ; Ps 68, 22). Pour lui, chaque fidèle qui crie depuis sa propre boue peut reconnaître dans ce psaume une prière qui l'a précédé et qui continue de porter sa plainte jusqu'à Dieu. Ce n'est donc pas seulement David, ni seulement Jérémie ou Jean, qui parlent ici, mais le Christ lui-même, dans tous ceux qui souffrent pour avoir dit vrai.
Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 68
Calvin insiste sur le fait que Jérémie ne rétracte rien de son message pour sauver sa vie : il répète devant l'assemblée exactement ce qu'il avait dit dans le Temple, et fonde sa défense non sur la prudence mais sur l'origine divine de sa parole. Pour Calvin, ce texte enseigne que les ministres de la Parole doivent parler avec la même liberté devant les grands que devant le peuple, quitte à s'en remettre entièrement, comme Jérémie, entre les mains de ceux qui les jugent. Il note aussi que la délivrance de Jérémie par les chefs eux-mêmes montre que Dieu peut fléchir les cœurs les plus hostiles sans que le prophète n'ait rien négocié.
Calvin, Commentaires sur le prophète Jérémie, sur Jr 26