Tenir parole

Entre la promesse qui rassure et la parole qui porte, comment reconnaître celle qui tient ?

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Ce que dit le texte

Première lecture — Jr 28, 1-17 — Segond 1910

1 Dans la même année, au commencement du règne de Sédécias, roi de Juda, le cinquième mois de la quatrième année, Hanania, fils d'Azzur, prophète, de Gabaon, me dit dans la maison de l'Éternel, en présence des sacrificateurs et de tout le peuple: 2 Ainsi parle l'Éternel des armées, le Dieu d'Israël: Je brise le du roi de Babylone! 3 Encore deux années, et je fais revenir dans ce lieu tous les ustensiles de la maison de l'Éternel, que Nebucadnetsar, roi de Babylone, a enlevés de ce lieu, et qu'il a emportés à Babylone. 4 Et je fais revenir dans ce lieu, dit l'Éternel, Jeconia, fils de Jojakim, roi de Juda, et tous les captifs de Juda, qui sont allés à Babylone; car je briserai le joug du roi de Babylone. 5 Jérémie, le prophète, répondit à Hanania, le prophète, en présence des sacrificateurs et de tout le peuple qui se tenaient dans la maison de l'Éternel. 6 Jérémie, le prophète, dit: ! Que l'Éternel fasse ainsi! Que l'Éternel accomplisse les paroles que tu as prophétisées, et qu'il fasse revenir de Babylone en ce lieu les ustensiles de la maison de l'Éternel et tous les captifs! 7 Seulement écoute cette parole que je prononce à tes oreilles et aux oreilles de tout le peuple: 8 Les prophètes qui ont paru avant moi et avant toi, dès les temps anciens, ont prophétisé contre des pays puissants et de grands royaumes la guerre, le malheur et la peste; 9 mais si un prophétise la paix, c'est par l'accomplissement de ce qu'il prophétise qu'il sera reconnu comme véritablement envoyé par l'Éternel. 10 Alors Hanania, le prophète, enleva le joug de dessus le cou de Jérémie, le prophète, et il le brisa. 11 Et Hanania dit en présence de tout le peuple: Ainsi parle l'Éternel: C'est ainsi que, dans deux années, je briserai de dessus le cou de toutes les nations le joug de Nebucadnetsar, roi de Babylone. Et Jérémie, le prophète, s'en alla. 12 Après que Hanania, le prophète, eut brisé le joug de dessus le cou de Jérémie, le prophète, la parole de l'Éternel fut adressée à Jérémie, en ces mots: 13 Va, et dis à Hanania: Ainsi parle l'Éternel: Tu as brisé un joug de bois, et tu auras à sa place un joug de fer. 14 Car ainsi parle l'Éternel des armées, le Dieu d'Israël: Je mets un joug de fer sur le cou de toutes ces nations, pour qu'elles soient asservies à Nebucadnetsar, roi de Babylone, et elles lui seront asservies; je lui donne aussi la domination sur les animaux des champs. 15 Et Jérémie, le prophète, dit à Hanania, le prophète: Écoute, Hanania! L'Éternel ne t'a point envoyé, et tu inspires à ce peuple une confiance trompeuse. 16 C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel: Voici, je te chasse de la terre; tu mourras cette année, car tes paroles sont une révolte contre l'Éternel. 17 Et Hanania, le prophète, mourut cette année-là, dans le septième mois.
joug L'hébreu emploie ici motah, la barre de bois qu'on pose sur la nuque des bêtes attelées — Segond traduit uniformément par « joug ». Le choix n'est pas anodin : Jérémie, sur ordre de Dieu, avait lui-même porté un joug de bois sur ses épaules (Jr 27) comme signe prophétique de la soumission à Babylone consentie par Dieu. Hanania ne discute pas une idée, il brise un objet, un signe posé par un autre prophète — ce qui aggrave son geste : ce n'est plus une parole contre une parole, mais une main qui efface le signe de Dieu. Calvin, dans ses leçons sur Jérémie, insiste : la présomption d'Hanania n'est pas seulement de mentir, mais de se croire autorisé à disposer des signes divins.
Amen Jérémie répond par amen, mot qui vient de la racine 'mn, être ferme, digne de confiance — la même racine que « croire », he'emin. Segond garde le mot hébreu tel quel, comme la Septante et la Vulgate avant lui, signe qu'aucune traduction n'a jamais paru rendre tout à fait cette fermeté-là. Jérémie ne dit pas qu'il croit Hanania ; il dit qu'il voudrait que ce qu'Hanania annonce soit vrai — un amen qui espère sans se soumettre, et qui laisse à Dieu seul le jugement sur la parole prononcée.
prophète Le mot nabi, prophète, vient d'une racine qui signifie appeler ou être appelé — le prophète est d'abord celui qui est saisi par une parole plus que celui qui la choisit. Le critère que pose ici Jérémie n'est pas rhétorique mais historique : selon Dt 18,22, la parole qui vient de l'Éternel s'accomplit, celle qui ne s'accomplit pas révèle qu'elle n'en venait pas. Calvin note que ce critère est cruel à vivre — il faut parfois attendre des années pour savoir qui avait raison — et que c'est précisément cette patience qu'Hanania refuse d'imposer à son auditoire en promettant un soulagement immédiat.

Psaume — Ps 118 (119), 29.43, 79-80, 95.102 — Segond 1910

29 Éloigne de moi la , Et accorde-moi la grâce de suivre ta loi! 43 N'ôte pas entièrement de ma bouche la ! Car j'espère en tes jugements. 79 Que ceux qui te craignent se tournent vers moi, Avec ceux qui connaissent tes préceptes! 80 Que mon cœur soit sincère dans tes statuts, Afin que je ne sois pas couvert de honte! 95 Des méchants m'attendent pour me faire périr; Je suis attentif à . 102 Je ne m'écarte pas de tes lois, Car c'est toi qui .
sheqer Le mot hébreu est sheqer, le mensonge, la parole qui déçoit parce qu'elle ne repose sur rien de solide — le même mot que la Loi emploie pour le faux témoignage. Segond traduit par « voie du mensonge », gardant l'image du chemin : ce n'est pas seulement une phrase fausse qu'on prononce, c'est une direction qu'on prend et qu'on suit. Placé à côté de la lecture de Jérémie, le mot prend un relief particulier — c'est très exactement ce que Hanania fait prendre au peuple, une voie qui semble mener quelque part et qui ne mène nulle part.
emet Emet, la vérité, vient de la même racine que amen — 'mn, ce qui est ferme, sur quoi l'on peut s'appuyer sans que cela cède. Ce n'est donc pas d'abord l'exactitude d'un énoncé que ce mot désigne, mais la solidité d'un appui, comme un mur qui ne s'effondre pas sous le poids qu'on lui donne. Le psalmiste ne demande pas seulement d'entendre des informations exactes, il demande de ne pas être privé de ce sur quoi il peut poser tout son poids — supplique qui rejoint, presque mot pour mot, l'amen que Jérémie oppose à la parole creuse d'Hanania.
edut Le terme est edut, littéralement le témoignage, la chose attestée — Segond le traduit tantôt par « témoignages », tantôt, comme ici, par « préceptes », ce qui estompe une nuance : il ne s'agit pas d'abord de règles à observer mais d'une parole dont Dieu se porte garant, comme un acte déposé devant un tribunal. Les rabbins y ont lu la trace durable de l'alliance du Sinaï, conservée dans l'arche comme un acte qu'on ne révise pas. Prier avec ce mot, c'est s'appuyer non sur une opinion religieuse mais sur un acte que Dieu a posé et dont il répond.
lamad Lamad, enseigner, apprendre — la racine dont dérive plus tard le mot Talmud, l'étude. Le psaume ne dit pas « j'ai appris tes lois » mais « c'est toi qui m'enseignes », au présent : l'enseignement n'est pas un capital acquis une fois, il est un geste que Dieu continue de faire. Augustin, qui consacre à ce psaume l'un des commentaires les plus longs de ses Enarrationes in Psalmos, y voit la marque d'une âme qui ne cesse d'avoir besoin d'être reprise, parce qu'elle s'égare plus vite qu'elle ne progresse.

Évangile — Mt 14, 22-36 — Segond 1910

22 Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule. 23 Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart; et, comme le soir était venu, il était là seul. 24 La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire. 25 A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, sur la mer. 26 Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. 27 Jésus leur dit aussitôt: , c'est moi; n'ayez pas peur! 28 Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. 29 Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. 30 Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! 31 Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: , pourquoi as-tu douté? 32 Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. 33 Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus, et dirent: Tu es véritablement le Fils de Dieu. 34 Après avoir traversé la mer, ils vinrent dans le pays de Génésareth. 35 Les gens de ce lieu, ayant reconnu Jésus, envoyèrent des messagers dans tous les environs, et on lui amena tous les malades. 36 Ils le prièrent de leur permettre seulement de toucher le bord de son vêtement. Et tous ceux qui le touchèrent furent guéris.
peripateo Le verbe grec est peripateo, marcher, employé ici d'une façon qui n'a rien d'anodin : dans les Septante, c'est Dieu seul qui « marche sur les flots de la mer » (Jb 9,8) ou dont « le chemin passe par les grandes eaux, sans que l'on connaisse tes traces » (Ps 77,20). Marcher sur la mer n'est pas un exploit physique que Matthieu raconte pour l'admiration, c'est un geste que l'Écriture réserve au Créateur affrontant le chaos marin. En reprenant ce geste, Jésus ne fait pas un miracle isolé : il pose, sans un mot, la question que les disciples formuleront eux-mêmes au verset 33.
phantasma Phantasma, ce que Segond rend par « fantôme », désigne en grec une apparition, une image sans consistance — le mot est de la même famille que phainomai, apparaître. Les disciples ne doutent pas d'un danger réel, ils doutent de la réalité de ce qu'ils voient : ils préfèrent croire à une illusion plutôt qu'à une présence qui déplace ce qu'ils croyaient possible. Chrysostome, dans son homélie sur ce passage, remarque que la peur naît ici moins de la tempête que de Jésus lui-même, venant d'une manière qu'ils n'attendaient pas.
tharseite Tharseite est un impératif qui signifie littéralement « ayez courage », « prenez cœur » — Segond l'adoucit en « rassurez-vous », qui déplace le mot du côté de l'émotion apaisée plutôt que de la force à rassembler. Le mot est aussitôt suivi de ego eimi, « c'est moi », littéralement « je suis » — la formule que le Dieu du Sinaï emploie de lui-même (Ex 3,14) et que la Septante reprend dans les théophanies. Le courage demandé aux disciples n'est donc pas un sang-froid technique devant le danger, mais la réponse qui convient à une présence divine qui se nomme.
oligopistos Le mot est composé — oligos, peu, et pistis, la foi — et Matthieu est le seul évangéliste à l'employer, à quatre reprises, toujours pour des disciples déjà en chemin avec Jésus, jamais pour des étrangers à la foi. Segond traduit littéralement « homme de peu de foi », gardant la dureté du mot composé plutôt que de l'adoucir en « manque de confiance ». Ce n'est donc pas l'absence de foi que Jésus reproche à Pierre — il marchait déjà sur l'eau — mais sa mesure trop courte, le moment précis où le regard a quitté ce qui le portait pour se poser sur ce qui menaçait.

Évangile — Mt 14, 13-21 — Segond 1910

13 A cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied. 14 Quand il sortit de la barque, il vit une grande foule, et fut pour elle, et il guérit les malades. 15 Le soir étant venu, les disciples s'approchèrent de lui, et dirent: Ce lieu est désert, et l'heure est déjà avancée; renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages, pour s'acheter des vivres. 16 Jésus leur répondit: Ils n'ont pas besoin de s'en aller; donnez-leur vous-mêmes à manger. 17 Mais ils lui dirent: Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. 18 Et il dit: Apportez-les-moi. 19 Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il . Puis, il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. 20 Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui . 21 Ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants.
splagchnizomai Le verbe est splagchnizomai, tiré de splagchna, les entrailles — un mot corporel, presque viscéral, que le grec profane réservait rarement aux sentiments et que le Nouveau Testament emploie presque uniquement pour Jésus ou pour les personnages de ses paraboles qui agissent comme lui. Segond traduit par « ému de compassion », ce qui rend le sens mais perd l'ancrage physique du mot grec : ce n'est pas d'abord une pensée bienveillante, c'est quelque chose qui se remue à l'intérieur du corps devant une foule sans berger. Le mot prépare déjà le geste qui suit — nourrir n'est pas un correctif logique à la compassion, c'en est le prolongement direct.
eulogesen Eulogesen, il bénit — littéralement, il dit du bien, eu et logos. Segond choisit « rendit grâces », plus proche de eucharisteo que Luc emploie pour la même scène ; les deux verbes coexistent dans la tradition évangélique de la multiplication et se sont l'un et l'autre déposés dans le vocabulaire eucharistique le plus ancien de l'Église. Bénir le pain avant de le rompre, dans l'usage juif, ce n'est pas consacrer une matière mais reconnaître devant Dieu que ce pain, si peu qu'il soit, vient de lui — geste qui précède et rend possible le partage plutôt que de le suivre.
perisseuo Le verbe grec sous-jacent au « restaient » de Segond est perisseuo, surabonder, déborder — le même mot qui dira ailleurs que la grâce surabonde là où le péché abondait (Rm 5,20). Traduire simplement par « restaient » aplatit ce que le texte grec donne à entendre : il ne s'agit pas d'un reste comptable après un partage suffisant, mais d'un débordement, comme si la générosité du don dépassait volontairement le besoin qu'elle comblait. Les douze paniers, un par tribu d'Israël, disent moins l'économie d'un miracle que sa démesure assumée.
4 textes, un fil

Le sol ↓ profondeur

D'où parlent ces textes

Sédécias, Babylone et les prophètes de cour

Nous sommes en 594 ou 593 avant notre ère, la quatrième année du règne de Sédécias, roi vassal que Babylone a installé après avoir déporté Jeconia en 597. Une partie de la cour espère une révolte prochaine, appuyée sur l'Égypte, et attend un signe que l'exil sera bref. Hanania, prophète de Gabaon, parle depuis le Temple même, en présence des prêtres — sa parole a toute l'autorité du lieu, contrairement à celle de Jérémie qui venait de porter publiquement un joug de bois en signe de soumission (Jr 27).

Le lac de Génésareth et ses tempêtes

Le lac de Génésareth, encaissé sous le niveau de la mer et bordé de hauteurs, est réputé pour ses tempêtes soudaines : l'air froid dévalant des collines voisines peut, en quelques minutes, transformer une eau calme en mer démontée. La « quatrième veille », selon le découpage romain de la nuit, situe la scène entre trois et six heures du matin : les disciples luttent contre le vent depuis le soir, seuls, avant que Jésus ne les rejoigne.

Le pont ↓ profondeur

Ce qui te tient debout

Il y a des jours où tu portes une charge que tu portes depuis longtemps déjà, sans qu'elle t'ait jamais fait vaciller — et puis, un matin sans raison particulière, le même poids te semble insupportable. Rien n'a changé dans la charge ; ce qui a changé, c'est que ton regard, au lieu de rester fixé sur ce qui te tenait debout, s'est mis à mesurer le vent, la fatigue, la distance qui reste à parcourir. Ce basculement-là, tu ne le décides pas — il te prend, comme une eau qui monte sans bruit sous tes pieds pendant que tu regardes ailleurs — et c'est précisément dans cette bascule que le Christ tend la main, non pas après que tu as coulé, mais au moment même où tu commences seulement à douter.

Le geste aujourd'hui

Se laisser rejoindre

Avant de refermer cette page, prends un instant pour repérer, dans ta propre semaine, la parole qui t'a le plus rassuré ces derniers jours — et demande-toi honnêtement si elle tenait sur quelque chose de solide, ou si elle te plaisait surtout parce qu'elle ne coûtait rien à croire.

Choisis un moment de la journée où tu sens le sol se dérober un peu — une contrariété, une fatigue, une nouvelle qui inquiète — et dis simplement, sans rien ajouter, les mots de Pierre : Seigneur, sauve-moi. Ne cherche pas à les développer ni à les rendre plus dignes ; laisse-les aussi nus qu'ils sont dans le texte.

Ce n'est pas un exercice de confiance en soi qu'on te propose, mais une main à qui s'adresser — la différence entre les deux est tout l'enjeu de la lecture de ce jour.

Quand tu cherches une parole qui te rassure, est-ce d'abord une parole vraie que tu cherches, ou une parole qui te coûte le moins possible à croire ?

Les racines → exploration

Ce que les anciens y ont lu

Le critère du prophète selon Calvin

Calvin s'arrête longuement sur la dureté du critère que pose Jérémie : on ne peut démasquer un faux prophète qu'après coup, quand l'histoire a tranché. Il y voit une épreuve voulue par Dieu pour le peuple autant qu'un jugement sur Hanania : celui qui préfère une parole agréable à une parole vérifiée s'expose sciemment à l'erreur. Calvin insiste aussi sur la mort d'Hanania, survenue l'année même qu'il avait fixée pour son mensonge — signe, écrit-il, que Dieu ne laisse pas toujours attendre la preuve aussi longtemps qu'on le craint.

Jean Calvin, Praelectiones in Ieremiam, leçon sur Jérémie 28

Chrysostome et la peur des disciples

Chrysostome remarque que la tempête ne suffit pas à expliquer la frayeur des disciples : ils avaient déjà traversé des orages avec Jésus dans la barque sans être bouleversés à ce point. Ce qui les trouble ici, c'est Jésus lui-même, venant d'une manière qu'ils n'attendaient pas et qu'ils prennent d'abord pour un fantôme. L'homélie voit dans l'ordre donné à Pierre — « viens » — une pédagogie voulue : Jésus ne calme pas d'abord la mer, il laisse le disciple découvrir, en marchant, ce qui le porte réellement.

Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu, 50e homélie

Le joug de la Torah dans la tradition rabbinique

La tradition rabbinique reprendra plus tard l'image du joug dans un sens inverse de celui d'Hanania : selon Pirqé Avot, celui qui accepte sur lui le joug de la Torah se voit ôter le joug du pouvoir politique et celui des soucis du monde. Le joug, dans cette lecture, n'est pas d'abord une contrainte à fuir mais une charge qui, portée librement, allège toutes les autres. Hanania promettait au peuple l'absence de tout joug ; la sagesse rabbinique, comme Jérémie avant elle, savait qu'aucune vie ne se tient sans qu'on porte quelque chose.

Pirqé Avot 3,5

3 racines