Le figuier

Saint Barthélemy, apôtre — la vocation de Nathanaël

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La rencontre ↓ profondeur · → exploration

Ce que dit le texte

Première lecture — Ap 21, 9b-14 — Segond, 1910

9Viens, je te montrerai l', la femme de l'. 10Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne, et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, 11ayant la gloire de Dieu. Son éclat était semblable à celui d'une pierre très précieuse, à une pierre de transparente comme du cristal. 12Elle avait une grande et haute muraille. Elle avait douze portes, et sur les portes douze anges, et des noms écrits, ceux des douze tribus des fils d'Israël : 13à l'orient trois portes, au nord trois portes, au midi trois portes, et à l'occident trois portes. 14La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l'Agneau.
nymphē Le grec dit nymphē, la jeune mariée au seuil des noces, non simplement l'épouse installée. Segond traduit par « épouse », ce qui unit dans un seul mot français deux étapes que le texte grec distingue : Jean écrit d'abord nymphē, puis aussitôt gynē, la femme déjà donnée. L'image ancienne du mariage entre Dieu et son peuple, déjà chez Osée et Ézéchiel 16, se rejoue ici au moment précis du passage de la fiancée à l'épouse. La ville qui descend n'est donc pas un décor achevé mais une noce encore en train de se conclure.
arnion Le mot grec est arnion, un diminutif, littéralement « petit agneau » — et c'est ce mot, jamais un autre, que l'Apocalypse emploie près de trente fois pour désigner le Christ glorifié. Segond traduit uniformément par « Agneau », effaçant le contraste avec l'amnos du Baptiste en Jean 1,29, un terme différent pour une même réalité. Le choix du diminutif porte le paradoxe central du livre : c'est la figure la plus vulnérable qui reçoit le trône, l'immolé qui gouverne. La fondation de la ville nouvelle repose sur cette inversion, non sur la puissance qu'on attendrait.
iaspis Iaspis : Segond garde le mot presque tel quel, en simple transcription, faute de pouvoir en rendre toute la charge. La même pierre décrit, en Apocalypse 4,3, l'aspect de celui qui est assis sur le trône : la ville n'est donc pas parée de jaspe, elle participe de l'éclat même de Dieu. Le mot renvoie aussi au pectoral du grand prêtre, où le jaspe fermait la série des douze pierres portant les noms des tribus, en Exode 28,20 — ici, ce sont les noms des apôtres que la pierre porte désormais.

Psaume — Ps 144 (145), 10-11, 12-13ab, 17-18 — Segond, 1910

10Toutes tes œuvres te loueront, ô Éternel ! Et tes te béniront. 11Ils diront la gloire de ton règne, et ils proclameront ta puissance, 12pour faire connaître aux fils de l'homme ta puissance et la splendeur glorieuse de ton règne. 13Ton règne est un règne de tous les siècles, et ta domination subsiste dans tous les âges. 17L'Éternel est juste dans toutes ses voies, et miséricordieux dans toutes ses œuvres. 18L'Éternel est près de tous ceux qui l', de tous ceux qui l'invoquent avec sincérité.
hasid L'hébreu est hasid, terme bâti sur hesed, la fidélité têtue de l'alliance, plus que sur une vertu privée. Segond traduit par « fidèles », ce qui est juste mais risque de faire entendre une qualité morale du croyant, alors que le mot désigne d'abord celui qui est façonné par la fidélité de Dieu envers lui. Calvin, commentant les psaumes, insiste sur ce point : la piété du hasid n'est jamais première, elle répond à un don reçu. Le psaume loue donc moins la constance des hommes que celle, antérieure, de Dieu.
qara' Qara', appeler, crier, invoquer par le nom — le verbe est répété deux fois dans le verset hébreu, comme pour insister sur la portée universelle de la promesse. Segond conserve cette répétition en français, « invoquent… invoquent », ce qui garde le martèlement du texte original. Mais le psaume ajoute une condition rarement soulignée : cette proximité de Dieu vaut pour ceux qui l'invoquent be'emet, dans la vérité, non par simple formule. Calvin en tire, contre l'invocation des saints, que nul intermédiaire n'est nécessaire à qui crie sincèrement vers Dieu.

Évangile — Jn 1, 45-51 — Segond, 1910

45Philippe trouva Nathanaël, et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. 46Nathanaël lui dit : Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? Philippe lui répondit : Viens, et vois. 47Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui : Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a point de . 48D'où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le , je t'ai vu. 49Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. 50Jésus lui répondit : Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci. 51Et il lui dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du .
dolos Le grec dolos désigne la ruse, l'appât, la fraude calculée — c'est exactement le mot que la Septante met dans la bouche d'Ésaü lorsqu'il découvre que son frère l'a supplanté par ruse, en Genèse 27,35. En appelant Nathanaël « Israélite en qui il n'y a point de dolos », Jésus joue sur le nom même du patriarche Jacob-Israël, dont toute l'histoire fut marquée par la ruse envers son frère et son beau-père. Segond traduit correctement par « fraude », mais sans pouvoir faire entendre ce jeu de mots que porte l'original. Nathanaël est ainsi salué comme l'Israélite que Jacob n'a pas toujours été.
sykē Sykē, le figuier, n'est pas ici un simple détail de paysage. S'asseoir sous son figuier était, dans une tradition juive ancienne attestée notamment autour de 1 Rois 4,25, une image de la paix et de l'étude paisible de la Loi, loin des regards. Augustin, dans ses Tractats sur l'évangile de Jean, y lit encore autre chose : l'ombre du figuier rappelle les feuilles dont Adam se couvre après la faute, en Genèse 3,7, ombre du péché où l'homme se cache. Que Jésus ait vu Nathanaël précisément là dit alors que son regard atteint jusque dans le lieu le plus intérieur et le plus caché de chacun.
ho huios tou anthrōpou L'expression grecque ho huios tou anthrōpou reprend le titre énigmatique de Daniel 7,13, celui à qui toute domination est donnée. Mais la scène convoquée ici, l'échelle entre ciel et terre parcourue par les anges, est celle du songe de Jacob à Béthel, en Genèse 28,12 — le patriarche dont Nathanaël vient d'être proclamé le vrai fils. Jésus déplace l'échelle de Jacob : ce n'est plus un objet dressé dans un songe, mais lui-même, le Fils de l'homme, sur qui désormais le ciel s'ouvre. Segond traduit littéralement, sans pouvoir signaler ce déplacement que seul le contexte biblique complet permet d'entendre.
3 textes, un fil

Le sol ↓ profondeur

D'où parlent ces textes

Un nom qui n'apparaît qu'ici

Nathanaël n'est nommé que par Jean, en 1,45-51 et 21,2 ; il est absent des quatre listes synoptiques des Douze. Ces listes, en Matthieu 10,3, Marc 3,18 et Luc 6,14, associent en revanche systématiquement un certain Barthélemy à Philippe — exactement le duo que Jean met en scène ici. C'est cette coïncidence, relevée dès l'exégèse ancienne, qui a conduit à identifier Nathanaël, prénom, et Barthélemy, patronyme signifiant « fils de Tolmaï », comme un seul et même apôtre — sans certitude absolue, mais avec une constance remarquable dans la tradition.

Une vision écrite sous la persécution

L'Apocalypse est adressée, vers la fin du premier siècle, sous le règne de Domitien, à sept Églises d'Asie Mineure fragilisées par l'exclusion et la tentation du compromis. À des communautés qui se vivent précaires, Jean de Patmos oppose une cité aux portes toujours ouvertes, dont les fondations mêmes portent, gravés, les douze noms des apôtres de l'Agneau. Ce n'est pas un décor pour plus tard : c'est l'affirmation que la fidélité de ces témoins tient déjà, dans le ciel, la place d'une pierre porteuse.

Le pont ↓ profondeur

Un regard qui précède l'appel

Il y a peut-être un endroit, réel ou simplement intérieur, où tu te retires sans que personne ne le sache — un moment de la journée, une pensée que tu ne formules à personne, une prière dite sans grande conviction parce que tu ne sais même pas si quelqu'un l'entend. Tu n'y penses pas comme à un lieu remarquable ; c'est justement là que rien ne se joue, crois-tu, puisque personne ne regarde. Et puis un jour quelqu'un te dit un mot, te connaît d'une manière qui ne devrait pas être possible, nomme exactement ce que tu croyais avoir vécu seul — et tu comprends alors que ce lieu caché n'a jamais cessé d'être regardé, depuis toujours, avant même que tu saches qu'on t'y attendait.

Le geste aujourd'hui

Se laisser rejoindre

Avant de refermer cette page, reste un instant avec la question posée, sans chercher tout de suite à y répondre par des mots.

Choisis un moment ordinaire de ta journée qui vient et retiens-le comme un lieu déjà regardé, quoi qu'il s'y passe.

Fête de saint Barthélemy, apôtre — 24 août.

Y a-t-il, dans ta vie, un lieu aussi caché que ce figuier, où tu ignorais être déjà vu ?

Les racines → exploration

Ce que les anciens y ont lu

Viens et vois, non pas discute et convaincs

Chrysostome, commentant ce passage dans ses Homélies sur l'évangile de Jean, loue la réponse de Philippe face au doute de Nathanaël : il ne réfute pas, il ne prouve rien, il dit seulement « viens, et vois ». Pour Chrysostome, c'est le modèle même de tout témoignage chrétien, qui ne cherche pas à vaincre l'objection par l'argument mais à conduire l'autre devant la personne du Christ, seule capable de dissiper le doute par elle-même.

Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Jean, homélie XX

L'ombre du figuier et l'ombre du péché

Dans ses Tractats sur l'évangile de Jean, Augustin rattache le figuier de Nathanaël à celui d'Adam en Genèse 3,7, dont les feuilles couvrent la première honte. S'asseoir sous un figuier deviendrait ainsi la figure de toute existence encore recouverte par la faute. Le regard du Christ, qui atteint Nathanaël jusque-là avant tout appel formulé, dit alors que nul repli intérieur n'échappe à celui qui appelle.

Augustin, Tractats sur l'évangile de Jean, VII

Nulle médiation requise pour qui crie en vérité

Calvin, dans son commentaire sur les Psaumes, s'appuie sur ce verset 18 pour rappeler que la proximité de Dieu ne dépend d'aucun intercesseur institué, mais de la sincérité de qui l'invoque. Il en tire un argument constant de sa polémique contre l'invocation des saints : si l'Éternel est près de quiconque crie vers lui en vérité, chercher un détour revient à douter de cette promesse même que le psaume énonce sans condition sinon celle du cœur.

Jean Calvin, Commentaire sur le livre des Psaumes, Psaume 145

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