Première lecture — 1 Co 10, 14-22 — Segond 1910
samedi 12 septembre 2026 · 23ème Semaine du Temps Ordinaire · vert ·
1 Corinthiens 10, 14-22 — la coupe qui engage tout entier
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — 1 Co 10, 14-22 — Segond 1910
Psaume — Ps 115 (116b), 12-13, 17-18 — Segond 1910
Évangile — Lc 6, 43-49 — Segond 1910
Le sol ↓ profondeur
À Corinthe, la viande vendue au marché provenait souvent des temples païens, où seule une part de la victime était consommée sur place, le reste étant écoulé dans le commerce ordinaire. Manger chez un ami païen exposait donc le converti à consommer, sciemment ou non, une chair offerte aux idoles. Paul, aux chapitres 8 à 10, ne tranche pas d'abord sur la nourriture mais sur l'appartenance qu'elle scelle: on ne peut s'asseoir des deux côtés d'une même alliance.
La « coupe de bénédiction » du verset 16 (grec potērion tēs eulogias) désigne précisément la troisième coupe du repas pascal juif, celle sur laquelle on prononçait la grande action de grâces après le repas — c'est vraisemblablement cette coupe que Jésus reprend à la Cène. Chrysostome insiste: en la nommant ainsi, Paul rattache le repas chrétien à la mémoire même de la libération d'Égypte, sans rupture avec elle.
Le pont ↓ profondeur
Il existe des attachements que tu n'as jamais choisis d'un coup de volonté, mais auxquels tu t'es peu à peu assis, repas après repas, compromis après compromis, sans qu'aucun moment n'ait paru grave. Puis vient un jour où il faut trancher, dire non à une table pour rester fidèle à une autre, et tu découvres alors que ton corps entier s'était déjà rangé, avant ta conscience, du côté de ce qui te nourrissait le plus souvent. C'est devant cela que le Christ t'attend à sa table: non pour juger ce que tu as mangé, mais pour te redemander, une fois encore, à qui tu appartiens réellement.
Le geste aujourd'hui
Demande-toi aujourd'hui, sans te presser vers une réponse, à quelle table tu t'assois le plus souvent en vérité — celle qui te nourrit de reconnaissance, ou celle qui te nourrit de rivalité et de peur.
Avant ton prochain repas partagé, prends un instant de silence pour nommer devant Dieu une seule chose reçue, et non méritée, dont tu veux lui rendre grâce.
Ce geste ne remplace pas la cène ni ne l'imite: il prépare simplement le cœur à reconnaître, dans le pain ordinaire, la même logique que dans le pain rompu.À quelle table t'assois-tu le plus souvent sans t'en rendre compte, et qu'est-ce que cela dit de ce que tu attends vraiment pour vivre ?
Les racines → exploration
Jean Chrysostome, dans sa neuvième homélie sur la première épître aux Corinthiens, explique que le mot grec traduit par « communion » au verset 16 signifie que nous sommes mêlés au corps du Christ comme le vin l'est à l'eau dans la coupe: non une image, mais une union réelle qui rend absurde toute participation simultanée à la table des démons.
Jean Chrysostome, Homélies sur la Première épître aux Corinthiens, IXe homélie (IVe siècle)
Calvin, commentant le Psaume 116, remarque que le sacrifice d'actions de grâces ne précède jamais la délivrance mais y répond toujours: le fidèle ne verse pas la coupe pour obtenir la faveur de Dieu, il la lève parce qu'il l'a déjà reçue. C'est, selon lui, le modèle de toute prière chrétienne authentique, qui part de la mémoire et non du calcul.
Jean Calvin, Commentaire sur le livre des Psaumes, Ps 116
Augustin, commentant ce passage en écho au Sermon sur la montagne, note que Luc ne distingue pas deux façons de bâtir mais deux façons d'entendre: le sable et le roc reçoivent la même pluie, une maison presque identique s'y élève, et rien ne les sépare avant l'épreuve du torrent, qui seule révèle ce que l'écoute avait vraiment mis en pratique.
Augustin d'Hippone, De sermone Domini in monte, II