Première lecture — Qo 3, 1-11 — Segond 1910
vendredi 25 septembre 2026 · 25ème Semaine du Temps Ordinaire · vert ·
Qohélet et la confession de Pierre, aux deux versants du même temps
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Qo 3, 1-11 — Segond 1910
Psaume — Ps 143 (144), 1a.2abc, 3-4 — Segond 1910
Évangile — Lc 9, 18-22 — Segond 1910
Le sol ↓ profondeur
L'Ecclésiaste (en hébreu Qohélet, « celui qui rassemble l'assemblée ») a probablement été composé aux alentours du IIIe siècle avant notre ère, dans un judaïsme déjà en contact avec la pensée grecque hellénistique. Ce poème des temps, unique dans toute la Bible par sa forme répétitive, ne cherche pas à consoler mais à décrire avec une lucidité rare l'ordre que Dieu impose sans jamais le livrer entièrement à l'intelligence humaine — Jérôme y voyait déjà, au IVe siècle, un remède contre l'illusion de maîtriser sa propre vie.
Luc est le seul évangéliste à situer cette scène après un temps de prière solitaire de Jésus — trait qu'il répète à chaque tournant décisif du récit : baptême, choix des Douze, transfiguration, Gethsémani. La confession de Pierre marque ainsi la charnière exacte de l'évangile : dès les versets suivants commence, selon la plupart des commentateurs, la longue montée vers Jérusalem où l'enseignement de Jésus se tourne résolument vers la croix.
Le pont ↓ profondeur
Il y a des moments où tu voudrais que le deuil s'arrête parce que tu es fatigué de pleurer, et d'autres où tu voudrais que la joie dure alors qu'elle s'en va déjà. Tu as beau vouloir avancer l'heure ou la retenir, elle ne t'appartient pas — tu ne fais qu'y entrer, comme on entre dans une pièce déjà éclairée. Ce que Qohélet appelle un temps pour chaque chose n'est pas une case où ranger ta vie, mais l'aveu que ce n'est pas toi qui tiens l'horloge. Devant Dieu, tu peux déposer cette prétention-là : non pas savoir quand vient l'heure, mais savoir à qui elle appartient.
Le geste aujourd'hui
Le Christ pose sa question à l'heure qu'il a choisie, après avoir prié seul. Elle attend, aujourd'hui encore, une réponse qui n'a pas besoin d'être achevée pour être vraie.
Redis pour toi-même la question de Jésus — non pas ce qu'on dit de lui, mais ce que toi tu en dis — et laisse la réponse venir même incomplète, même balbutiante.
Le psaume 144 apprend à nommer Dieu avant de se nommer soi-même : rocher, refuge, force — puis seulement, fils de l'homme, souffle.Si la question de Jésus t'atteignait aujourd'hui, avant que tu aies eu le temps de la préparer, quelle réponse monterait en toi ?
Les racines → exploration
Jérôme rédigea son commentaire sur l'Ecclésiaste à Bethléem, vers 389, pour la jeune Blésilla qui venait de perdre son mari et se destinait à la vie ascétique. Il y lit le poème des temps non comme un éloge de la résignation, mais comme un dépouillement progressif : chaque « temps pour » retire à l'homme une prétention, jusqu'à ce qu'il ne reste que la confiance dans le Dieu qui dispose de toute chose en son heure.
Jérôme, Commentaire sur l'Ecclésiaste
La Mishna (traité Yadayim 3,5) rapporte que les maisons de Shammaï et de Hillel s'opposèrent sur la canonicité de l'Ecclésiaste, jugé par certains trop proche du désespoir pour compter parmi les Écritures qui « rendent les mains impures ». Le débat se referma en faveur de son inclusion, mais la trace de cette hésitation ancienne rappelle combien ce livre a toujours dérangé avant d'être reçu comme parole inspirée.
Mishna, traité Yadayim 3,5
Commentant la scène parallèle de Matthieu, Chrysostome s'interroge sur l'ordre de silence qui suit la confession de Pierre : pourquoi taire ce qui vient d'être si justement reconnu ? Il répond que la foule, façonnée par l'attente d'un messie politique, aurait entendu le mot « Christ » à contresens ; il fallait que la croix vienne d'abord requalifier le titre, sous peine de le faire dérailler vers une gloire que Jésus refuse.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu