Première lecture — Qo 11, 9 – 12, 8 — Segond, 1910
samedi 26 septembre 2026 · 25ème Semaine du Temps Ordinaire · vert ·
Vieillir, mourir, ne pas comprendre — et pourtant garder la parole reçue
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Qo 11, 9 – 12, 8 — Segond, 1910
Psaume — Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc — Segond, 1910
Évangile — Lc 9, 43b-45 — Segond, 1910
Le sol ↓ profondeur
L'Ecclésiaste appartient aux Ketouvim, les Écrits, et sa langue hébraïque, chargée de perses et d'araméismes, trahit une composition tardive, probablement au IIIe siècle avant notre ère, bien après Salomon à qui la tradition le prête par convention littéraire. La synagogue le lit à la fête des Tentes (Souccot), fête de la précarité des huttes, comme pour faire entendre la fragilité de toute demeure humaine au moment même où l'on se réjouit des récoltes.
Cette seconde annonce (la première est en Lc 9, 22) suit immédiatement la guérison de l'enfant possédé et l'émerveillement de la foule devant la puissance de Jésus : c'est au sommet de sa gloire terrestre qu'il parle de sa mort. Jean Chrysostome notait que les disciples n'osaient interroger Jésus non par indifférence, mais parce que l'annonce heurtait de front l'attente d'un Messie de triomphe qu'ils portaient encore en eux.
Le pont ↓ profondeur
Tu as prononcé des centaines de fois la phrase « que ta volonté soit faite », dans une prière récitée plus que priée, sans jamais peser ce qu'elle demandait vraiment. Puis un jour où ta volonté à toi se heurte de plein fouet à celle que tu pressens plus grande, où il faudrait renoncer à ce que tu voulais depuis si longtemps, ces mots reviennent et ils ne sont plus une formule : ils pèsent exactement le poids de ce qu'ils avaient toujours contenu sans que tu le saches. Tu comprends alors que la parole t'avait précédé, qu'elle attendait patiemment l'heure où tu serais enfin capable de l'entendre, et que cette heure n'est jamais celle qu'on choisit.
Le geste aujourd'hui
Qohélet ne demande pas d'anticiper la vieillesse par angoisse, mais de laisser le temps qui passe devenir un lieu de mémoire de Dieu plutôt qu'un lieu d'oubli.
Reprends aujourd'hui, lentement, la prière du psaume — « Apprends-nous à bien compter nos jours » — non comme un calcul, mais comme une demande adressée, et laisse-la reposer un instant avant de reprendre tes occupations.
Ce n'est pas un exercice à réussir : le texte de ce jour dit lui-même que la parole peut rester voilée longtemps sans que cela soit une faute.Qu'est-ce que tu continues de porter aujourd'hui sans en comprendre encore le sens, et peux-tu le remettre, tel quel, entre les mains de Dieu ?
Les racines → exploration
Calvin, dans ses leçons sur l'Ecclésiaste, insiste : Salomon ne veut pas dégoûter les hommes des choses présentes comme si elles étaient mauvaises en soi, mais leur apprendre à ne pas s'y arrêter comme en leur repos final. La vanité qohélétique n'est donc pas nihilisme mais pédagogie du détachement, qui ouvre au seul repos qui ne déçoive pas, celui que Calvin voit préfiguré dans l'appel à se souvenir du créateur.
Jean Calvin, Leçons sur l'Ecclésiaste
Commentant l'annonce parallèle chez Matthieu, Chrysostome remarque que les disciples, contristés, n'osent pas interroger Jésus davantage, de peur d'apprendre une chose plus pénible encore que ce qu'ils venaient d'entendre. Il y voit moins une incompréhension intellectuelle qu'une résistance du cœur, incapable encore de loger la croix dans l'image qu'il se fait du Messie.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile de Matthieu, 58
Le traité Shabbat du Talmud lit l'allégorie de Qohélet 12 comme une description voilée du corps qui décline : les gardiens de la maison sont les bras, les hommes forts les jambes, celles qui moulent les dents, ceux qui regardent par les fenêtres les yeux. Cette lecture, loin d'être une curiosité exégétique, montre que la tradition juive a très tôt entendu ce texte comme un miroir tendu à chacun, non comme une pièce littéraire abstraite.
Talmud de Babylone, traité Shabbat 151b-152a