Première lecture — Ep 2, 1-10 — Louis Segond, 1910
lundi 19 octobre 2026 · 29ème Semaine du Temps Ordinaire · vert ·
Ce qu'on reçoit sans l'avoir fabriqué, ce qu'on amasse sans jamais le posséder.
La rencontre ↓ profondeur · → exploration
Première lecture — Ep 2, 1-10 — Louis Segond, 1910
Psaume — Ps 99 (100), 1-2, 3, 4, 5 — Louis Segond, 1910
Évangile — Lc 12, 13-21 — Louis Segond, 1910
Le sol ↓ profondeur
L'épître aux Éphésiens s'adresse à des communautés d'Asie Mineure composées en grande majorité de païens convertis, que Paul rappelle sans détour à ce qu'ils étaient « autrefois » : extérieurs à l'alliance, selon Éphésiens 2,12. Chrysostome, prêchant sur ce passage à Antioche vers 390, insiste sur l'ordre du texte : la description de la mort précède toute mention de l'effort humain, parce que, dit-il, on ne demande pas à un mort de respirer un peu pour mériter la vie.
Seul Luc transmet cette parabole, à l'intérieur d'une longue section (12,13-34) consacrée à l'anxiété pour les biens et à la recherche du vrai trésor. Calvin, dans son Commentaire sur l'Harmonie des évangiles (1555), relève que Jésus ne répond pas d'abord à la question d'héritage posée au verset 13, mais déplace le débat : le vrai danger n'est pas le partage inégal, c'est l'illusion qu'une vie puisse se mesurer en greniers pleins.
Le pont ↓ profondeur
Tu as pu, à un moment de ta vie, calculer sans relâche comment tenir : combien économiser, combien produire, combien prouver, pour avoir enfin le droit de te reposer sans angoisse. Et peut-être as-tu senti, un soir où tous les comptes étaient faits et où le repos ne venait toujours pas, que la sécurité que tu poursuivais n'était pas de cet ordre-là, qu'aucun chiffre ne l'atteindrait jamais. C'est exactement là, dans cette fatigue qui ne se repose jamais elle-même, que le texte d'aujourd'hui vient à ta rencontre : non pour te dire de calculer mieux, mais pour te dire qu'un autre a déjà agi avant que tu ne commences à compter.
Le geste aujourd'hui
Avant de reprendre le jour, laisse cette question se poser en toi sans la refermer trop vite.
Ouvre les deux mains, paumes vers le haut, et reste ainsi en silence quelques minutes, sans rien tenir ni rien demander.
Ce geste ne produit rien par lui-même ; il ne fait que dire avec le corps ce que le texte dit avec des mots : que la vie se reçoit, elle ne se referme pas sur elle-même.Si, comme dans la parabole, ton âme t'était redemandée cette nuit, qu'y trouverais-tu que tu n'as pas fabriqué toi-même ?
Les racines → exploration
Chrysostome insiste sur l'ordre des verbes en Éphésiens 2 : Dieu « nous a rendus à la vie », puis « nous a ressuscités », puis « nous a fait asseoir » — trois actes divins avant qu'aucune œuvre humaine ne soit mentionnée. Il en conclut que la foi elle-même ne précède pas la grâce mais y répond, comme un mort répond à l'appel qui le relève, non comme un vivant qui se serait porté lui-même au tombeau pour en sortir.
Jean Chrysostome, Homélies sur l'Épître aux Éphésiens, IVe homélie, fin du IVe siècle.
Calvin note que l'homme de la parabole ne pèche pas en premier lieu par avoir trop récolté, mais par le dialogue intérieur qu'il tient avec sa propre âme comme si elle était sa chose : il lui parle, la rassure, la félicite, sans jamais se tourner vers Dieu qui seul peut véritablement lui répondre. C'est cette autosuffisance silencieuse, plus que la richesse elle-même, que le commentateur dénonce comme la racine de la folie du personnage.
Jean Calvin, Commentaire sur l'Harmonie des évangiles, ad Luc 12, 1555.
Calvin, commentant le verset « c'est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons », insiste sur la double portée du texte hébreu : nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, et nous ne nous appartenons donc pas à nous-mêmes. Il relie cette reconnaissance à la joie du psaume : on ne pousse des cris d'allégresse que lorsqu'on a renoncé à se prétendre son propre auteur.
Jean Calvin, Commentaire sur le livre des Psaumes, 1557.